Prenez un enfant qui se réveille d'ordinaire à 6 h 40, juste avant que le café ne coule. Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, à 3 heures du matin, il sera de nouveau 2 heures : la France revient à l'heure d'hiver, selon la règle européenne du dernier dimanche d'octobre. Son horloge interne, elle, n'a rien lu de tout ça, et le dimanche matin il se lèvera donc à 5 h 40 d'après la pendule du salon, convaincu que la journée commence. Ce n'est ni un caprice ni une mauvaise nuit : c'est un décalage horaire d'une heure, sans valise ni aéroport, que toute la famille encaisse au même moment. La préparation commence le lundi 19 octobre, et le calendrier scolaire vous y aide.
Pourquoi l'organisme ne suit pas la pendule
Le cerveau possède une horloge circadienne qui se règle sur l'alternance de la lumière et de l'obscurité, mais aussi sur tout ce qui revient chaque jour à peu près à la même heure : repas, collation, sieste, coucher, lever, moments de jeu ou de sport. C'est la description que donne Naître et grandir, un site québécois consacré à la petite enfance, dont la fiche sur le sujet a été relue par Evelyne Touchette, chercheuse sur le sommeil des enfants à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Cette horloge ne consulte pas la pendule du salon. Lorsque les aiguilles reculent d'une heure, le petit-déjeuner, la récréation et le dîner se retrouvent décalés sur le cadran alors que l'organisme garde l'ancienne cadence. L'enfant qui se levait à 6 h 40 se lève à 5 h 40, et celui qui piquait du nez à 20 h 30 est fatigué dès 19 h 30. D'après la même source, certains enfants se comportent alors comme s'ils vivaient un décalage horaire, avec plus d'irritabilité et de fatigue pendant quelques jours. L'Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) rappelle de son côté qu'une revue de la littérature scientifique observe, dans la semaine qui suit un changement d'heure, un sommeil écourté, avec un endormissement plus lent et davantage de réveils nocturnes, au printemps comme à l'automne. Il ajoute que le passage à l'heure d'hiver reste moins pénible que celui d'été, puisqu'on « gagne » une heure.
Il faut aussi regarder dehors. À Paris, d'après les tables du site timeanddate.com, le soleil se lève à 8 h 24 et se couche à 18 h 44 le samedi 24 octobre ; le lendemain, il se lève à 7 h 26 et se couche à 17 h 42. La nuit tombe donc plus d'une heure plus tôt à l'horloge, ce qui bouscule le goûter, la sortie de l'après-midi et les repères de lumière qui rythment l'horloge interne.
Les vacances de la Toussaint jouent en votre faveur
Cette année, le changement d'heure tombe au milieu des vacances, et c'est une aubaine.
Les vacances de la Toussaint 2026 s'étendent du samedi 17 octobre au lundi 2 novembre, avec les mêmes dates pour les trois zones, et les cours reprennent ce lundi 2 novembre, d'après service-public.gouv.fr. Le dimanche 25 octobre tombe donc à mi-parcours : vous disposez d'une semaine entière, jusqu'au dimanche 1er novembre, pour que l'horloge de chacun se cale avant le premier réveil de classe. Personne n'a besoin d'être debout à 7 h 15 pour attraper le bus pendant la transition, et le lever peut donc s'ajuster tout seul au lieu d'être forcé. Tout dépend toutefois de ce que vous faites de cette liberté. L'Assurance Maladie recommande des couchers et des levers à heures régulières, même le week-end, et note que les adolescents compensent leur manque de sommeil par des levers tardifs pendant les week-ends et les vacances. Un collégien qui se couche à 1 heure du matin et se lève à midi durant deux semaines n'a pas besoin de l'heure d'hiver pour se tromper de rythme le 2 novembre.
La méthode des dix minutes, à lancer le lundi 19 octobre
Pour le retour à l'heure d'hiver, il s'agit de repousser le coucher, pas de l'avancer. Naître et grandir conseille de retarder l'heure du coucher de 5 ou 10 minutes chaque jour pendant la semaine qui précède le changement, si l'organisation familiale le permet : à 19 h, on passe à 19 h 10, puis 19 h 20, puis 19 h 30. L'INSV, dont la fiche vise tout le monde plutôt que les seuls enfants, propose un pas plus large : 20 minutes de plus le jeudi et le vendredi soir. Les sources ne s'accordent donc pas sur le rythme exact, et c'est l'enfant qui tranche. Notre recommandation : dix minutes par soir si votre enfant suit sans broncher, cinq dès qu'il s'agace en fin de journée, car mieux vaut un décalage partiel qu'un coucher qui tourne au bras de fer. Le dîner et la sieste, s'il en fait encore, suivent le même mouvement, c'est aussi le conseil de Naître et grandir.
Pour un enfant couché à 20 h d'ordinaire, voici ce que cela donne à l'heure d'été, jusqu'au samedi :
| Soir | Heure du coucher |
|---|---|
| Lundi 19 octobre | 20 h 10 |
| Mardi 20 octobre | 20 h 20 |
| Mercredi 21 octobre | 20 h 30 |
| Jeudi 22 octobre | 20 h 40 |
| Vendredi 23 octobre | 20 h 50 |
| Samedi 24 octobre | 21 h 00, soit 20 h à la nouvelle heure |
Le samedi soir, l'enfant se couche à 21 h à l'ancienne heure, soit 20 h à la nouvelle : son créneau habituel, sans rien perdre en route. Et si vous n'avez rien préparé ? Le plan de secours de Naître et grandir tient en une ligne : coucher l'enfant 15 minutes plus tard le soir du changement d'heure, puis les trois soirs suivants.
Le dimanche 25 et la semaine qui suit
Le premier matin, la règle d'or tient en peu de mots : ne récompensez pas l'aube. Si l'enfant arrive dans votre chambre à 5 h 40, ramenez-le dans son lit, lumière éteinte, et ne lancez pas de dessin animé pour gagner vingt minutes de calme, car vous lui apprendriez que cette heure-là est une heure de loisirs. Naître et grandir suggère de protéger le sommeil du matin avec des rideaux occultants bien tirés et le moins de bruit possible. Ensuite, tout se joue avec la lumière du jour : l'INSV recommande de s'y exposer, surtout le matin, et Naître et grandir conseille de veiller à ce que l'enfant voie le soleil si les réveils restent trop précoces plusieurs jours après le changement. Avec un coucher de soleil à 17 h 42 à Paris le 25 octobre, la sortie se prévoit le matin ou en début d'après-midi, pas au retour du goûter. Côté soirée, l'Assurance Maladie déconseille les activités physiques très stimulantes dans les trois heures qui précèdent le coucher et demande d'éteindre téléphones, tablettes, consoles et télévision une à deux heures avant d'aller au lit, dans une chambre maintenue entre 18 et 20 °C. Un après-midi de vélo ou de trottinette jusqu'à 16 h, un goûter à la lumière, une lecture après le dîner : banal, et conforme à toutes ces recommandations.
Une réserve, cependant : tous les enfants ne s'adaptent pas au même rythme. Naître et grandir précise que le changement d'heure peut être plus difficile pour les enfants atteints d'un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité ou d'un trouble du spectre de l'autisme, et l'INSV note que l'effet dépend de la fragilité du sommeil de chacun. Si les nuits restent hachées après la reprise des cours, parlez-en à votre médecin ou à votre pédiatre.
Tout-petits, écoliers, adolescents : trois situations
Chez les nourrissons, l'horloge interne se met en place peu à peu : à la naissance, rappelle l'Assurance Maladie, le bébé ne distingue pas le jour de la nuit, et Naître et grandir situe vers 3 à 6 mois l'âge où les bébés commencent à réagir au changement d'heure. À 3 ans, la moyenne est d'environ 13 heures de sommeil sur 24 heures selon l'Assurance Maladie, qui juge la sieste du début d'après-midi nécessaire jusqu'à 2 à 5 ans, selon le mode de vie de l'enfant. Ne la supprimez pas pour obtenir un coucher plus précoce : décalez-la, comme le repas.
À 6 ans, la moyenne tombe à 12 heures par 24 heures, puis à 9 heures vers 12 ans. Selon Naître et grandir, la plupart des enfants d'âge scolaire s'accommodent bien du retour à l'heure normale ; pour eux, la méthode des dix minutes est une précaution, pas une obligation.
Les adolescents jouent dans une autre catégorie. D'après l'Assurance Maladie, leur temps de sommeil se réduit d'environ deux heures par nuit entre 10 et 20 ans, de 9 à 7 heures, et leur endormissement est plus tardif en raison d'une sécrétion de mélatonine décalée. Le vrai risque, pour eux, ne vient pas de la pendule mais de la dérive des horaires pendant deux semaines de vacances. Notre recommandation : une heure de lever à peu près fixe et de la lumière naturelle le matin, plutôt qu'un plan de décalage minute par minute.
Et si le changement d'heure disparaissait ?
On l'entend chaque automne, et rien n'est pourtant tranché. Selon Vie publique, la Commission européenne a remis la suppression du changement d'heure dans son programme de travail pour 2026, et le Parlement européen s'est de nouveau prononcé en ce sens en octobre 2025. Le projet de directive laisserait chaque État membre libre de choisir l'heure d'hiver ou l'heure d'été. Lors de la consultation européenne de 2018, plus de 4,6 millions de réponses ont été recueillies, dont 84 % favorables à la suppression. En attendant, c'est la directive de 2000 qui s'applique, et service-public.gouv.fr confirme la date du 25 octobre 2026.
L'INSV rappelle un point que le débat oublie souvent : les Français consultés ont nettement préféré l'heure d'été, alors que le système circadien est, selon l'institut, mieux adapté à l'heure d'hiver, puisque l'heure de lever se cale alors sur l'aube. Pour les enfants, l'écart se mesure sur le chemin de l'école : le samedi 24 octobre, à l'heure d'été, le soleil se lève à Paris à 8 h 24 ; le lendemain, à l'heure d'hiver, à 7 h 26. Les matins de classe de fin octobre, c'est la différence entre un trajet de jour et un trajet dans la pénombre.
Dernier détail, le plus prosaïque : les smartphones se règlent généralement seuls, mais pas la pendule du four, ni celle de la voiture, ni le réveil de la chambre des enfants. Reculez-les le samedi soir avant d'aller vous coucher, et notez deux dates sur le frigo : le lundi 19 octobre pour le premier décalage de dix minutes, le dimanche 25 pour tout le reste.